La fondation de la bastide de Saint-Sulpice sur Lèze

Du petit hameau d’origine, trois principales étapes ont engendré la bastide de Saint-Sulpice sur Lèze :

Des sources de très grande valeur

Cette petite synthèse a été composée à partir des travaux de valeur inestimable de M. A. Du Bourg qui a écrit un ouvrage passionnant : « Histoire du grand prieuré de Toulouse et des diverses possessions de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem dans le Sud-Ouest de la France, Languedoc, Pays de Foix, de Comminges, de Béarn, Gascogne, Guyenne, Périgord, Quercy, Albigeois, Rouergue ».

Un hameau près de Saint-Sulpice

A l’origine, Saint-Sulpice n’est pas encore une bastide. Les terres, des friches pour la plupart, appartiennent à différents seigneurs.

Proche du village, le petit hameau Saint-Pierre de Bélac était possédé par l’antique abbaye bénédictine de Lézat, comme tout le pays. Ce hameau a été nommé à la fin du moyen âge Saint-Pierre-des-Monts, aujourd’hui, Saint-Pierre de Mont à Montaut qui abrite des écuries.

Le hameau de Saint-Pierre de Bélac, aujourd’hui Saint-Pierre de Mont à Montaut

Les dons à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem

Entre 1110 et 1114, pour honorer Dieu et participer à l’effort des croisades (la première croisade, élancée par Pierre l’Ermite, a eu lieu entre 1096 et 1099), un des abbés du monastère de Lézat, Odon de Bajas, donna au prieur Gérard de l’ordre de l’Hôpital le village et l’église du hameau Saint-Pierre de Bélac pour en faire une salvetat (un lieu d’asile sous une protection). Les abbés ne pouvaient en effet avoir une part plus active que ces dons.
A cette donation s’associèrent avec empressement les autres seigneurs du pays, Célébrun de Pins, Calvet de Bélac, Roger et Dodon son frère, en abandonnant à l’Hôpital les fiefs et les agriers (champs) qu’ils possédaient dans ce territoire.

Les archives manquent pour détailler les faits, mais les Bénédictins de Lézat et les Hospitaliers ont du procéder ensuite à l’échange de Saint-Pierre de Bélac avec Saint-Sulpice car l’Hôpital de Saint-Sulpice existait au début du XIII ème siècle alors que Saint-Pierre faisait toujours partie des dépendances de l’abbaye bénédictine de Lézat.

Ainsi naquit la commanderie de Saint-Sulpice sur Lèze, appartenant à l’ordre des Hospitaliers, à l’emplacement de la future bastide.

En 1246 un riche seigneur des environs, Bertrand de Fraxines, donna à l’Hôpital, à Guillaume de Barèges, Prieur de Toulouse, le dîmaire de Sainte-Marie de Azenrelède, les bois de Salvatosa et de Garambot, les hommes qu’il avait à Castaignac, etc… ce qui permit à Bertrand de Fraxines d’obtenir des charges importantes dans le Prieuré de Toulouse.
Le territoire de l’Hôpital de Saint-Sulpice était alors d’une grande importance, mais couvert de forêts.

La construction de la bastide par Alphonse de Poitiers

Il fallait attirer des vassaux pour défricher ces pays incultes.
Comme souvent à cette époque, l’édification d’une ville fortifiée – une bastide – attirait de nombreux paysans du voisinage avec ses demeures protégées et des conditions sociales préférables.
Comme beaucoup de seigneurs de l’époque, les Hospitaliers n’avaient pas les moyens de créer une ville entourée de murailles et se tournèrent vers le comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers, le frère du roi Saint Louis.
En échange de la construction de la bastide par le compte, la haute juridiction de Saint-Sulpice lui était cédée. Cette possession exclusive de ces bastides dans tous son comté permettait de faciliter l’unification française.

Au mois de mars 1257, le comte de Toulouse, Alphonse de Poitiers faisait publier, à Saint-Sulpice, la charte des privilèges octroyés aux futurs habitants, premier acte de la fondation d’une bastide, et accompagnait la plantation du pal et le tracé de l’enceinte.
La nouvelle ville s’éleva en peu de temps, entourée de sa ceinture de murailles. De nombreux habitants s’étaient empressés de répondre à l’appel du compte.

Comprenant que l’étendue et la situation de cette bastide dans un pays naturellement fertile, en faisait une place importante destinée à prospérer, les Hospitaliers cherchèrent à contester la validité de la transaction, regrettant d’avoir abandonné entièrement de la haute juridiction au comte.

L’indivision de la bastide entre l’ordre des Hospitaliers et le comte de Toulouse, frère du roi

Cette demande n’entrait pas dans la politique du comte de Toulouse. Toutefois, au moment de partir dans sa seconde croisade en 1270, il accorda comme dernière faveur une charte de privilèges au Grand-Prieur de Saint-Gille qui indiquait qu’il consentait à posséder par indivis avec le Grand-Prieur «la seigneurie, la juridiction, les franchises et les usages de la bastide Saint-Sulpice et de son territoire ».
Les droits spirituels étaient conservés par les frères de Saint-Jean.
Le sénéchal de Toulouse pour le comte et le précepteur de Saint-Sulpice choisiraient ensemble les consuls, les juges, les gardes, les sergents et autres officiers.

Alphonse de Poitiers mort, c’est son neveu Philippe III, roi de France qui hérita. La part du comte concernant Saint-Sulpice sur Lèze est ainsi devenue royale.
Les accords avec l’ordre furent reconduits par le roi Philippe III en 1277 et par Philippe V en 1335 après que des tentatives des officiers royaux firent pour ressaisir la part de juridiction qu’ils avaient été obligés de céder aux chevaliers de l’Hôpital en nommant tous les consuls.

La léproserie de Saint-Sulpice a été créée par le comte Alphonse de Poitiers et les Hospitalier dès l’origine de la bastide à cause de la fréquence des épidémies pendant le moyen-âge. Le comte Alphonse de Poitiers lui distribuait annuellement ses riches aumônes.
Ensuite, les maladies contagieuses se faisant plus rares, elle sera transformée en simple hôpital.

Lors de la guerre de Cent ans avec les Anglais et les invasions désastreuses pour le pays, Saint-Sulpice dût par mandement du gouverneur du Languedoc, s’occuper de compléter ses fortifications (vers 1356). Des propriétés et les maisons ont été expropriées pour ce faire.

Plan de Saint-Sulpice sur Lèze de 1578

Sur ce plan de 1578, on reconnait l’architecture de bastide du village avec ses formes géométriques. L’enceinte de la ville est encore présente avec son fossé, mais des faubourgs sont apparus.

L’église est à l’extérieur des murailles.

L’église à l’ouest, la bastide à l’est. Crédit photo Henri Fiorido

Le four de la ville, l’église et l’hôpital ont prêté leurs noms à des rues qui y conduisent.

L’architecture de la ville est typique des bastides édifiées dans la région à cette époque, notamment par le comte de Toulouse Alphonse de Poitiers.

search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close