La fondation d’une bastide

Pourquoi créer une bastide ?

A l’instar de Saint-Sulpice sur Lèze, une multitude de bastides sont apparues au Moyen-Age.

Suite aux croisades qui ont absorbé beaucoup de ressources, le comte peut accroître ses revenus en défrichant une partie des immenses forêts qui couvrent la majorité du territoire par des cultures.

Pour attirer les habitants des contrées voisines, il leur promet l’amélioration de leur condition de vie en créant villes fortifiées (bastides), leur garantissant confort et sécurité. Il garantit la défense des bastides en cas d’assauts.

Les seigneurs acceptaient cela : le comte promettait de bâtir, à ses frais, là future ville et le seigneur lui faisait l’abandon de ses droits de haute justice.
Le seigneur obtenait finalement plus de vassaux qui payaient les différentes taxes : redevances, censés, oblies, dîmes et agriers.

Tout le monde était gagnant.

Cet essor des fondations des bastides subira tout de même une pause durant la croisade des albigeois, jusqu’en 1244.

Lorsque le Comte Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis, devient comte de Toulouse en 1249 , il va participer grandement à la création de bastides afin d’asseoir son autorité et l’autorité royale.

Quelques bastides

Saint-Sulpice sur Lèze fait partie des bastides, au même titre que Cazères, Montesquieu Volvestre, Rieumes en Haute-Garonne, Le Mas d’Azil, Mazères, Mirepoix, Saint-Ybars en Ariège, Beaumont de Lomagne dans le Gers, Cordes sur Ciel dans le Tarn et bien d’autres…

Alphonse de Poitiers a largement contribué à la fondation de bastides dans l’Occitanie.

Les bastides fondées par Alphonse de Poitiers

Avant cela, les comtes de Toulouse Raymond VI et Raymond VII avaient fondé une quinzaine de bastides avant 1249.

A la mort d’Alphonse de Poitiers, le sénéchal Eugène de Beaumarchès a fondé une vingtaine de bastides pour le compte du Roi de France.

Les rois Capétiens on également poursuivi les fondations de bastides jusqu’en 1373.

Au même moment, des bastides ont été érigées au nom des Plantagenets par les anglais, durant la guerre de 100 ans.

Enfin, certaines bastides ont été fondées par des monastères.

Pour en savoir plus.

Comment est créée une bastide ?

Voici une synthèse de l’ouvrage d’Antoine Du Bourg « Étude sur les coutumes communales du sud-ouest de la France » :

Les chartes communales sont rédigées et contiennent l’énumération des droits que se réservent les seigneurs, les concessions et les franchises qu’ils accordent à leurs vassaux, les coutumes relatives à la vie civile, l’établissement, les attributions et les prérogatives des consulats, l’organisation judiciaire, les règlements de police et d’administration, le service militaire, entretien et défense des fortifications, et enfin les frais du culte religieux.

Quand un seigneur voulait construire une bastide, il faisait connaître à tous les habitants de la contrée le jour de cette fondation. Ce jour-là, le pal, longue perche surmontée de son écusson, était planté au milieu de l’emplacement de la future ville, dont l’enceinte était marquée par un fossé creusé dans le sol. Sur ce terrain, ainsi limité, étaient tracés des sillons se croisant régulièrement et formant comme les cases d’un vaste échiquier. C’étaient les rues, les places et les emplacements de maisons de la future ville. Chaque homme voulant y fixer sa résidence recevait du seigneur un de ces emplacements, où il devait construire, dans un délai fixé, son habitation, et dont les dimensions étaient égales entre elles et déterminées proportionnellement à celles de la ville elle-même.
Les seigneurs donnaient de plus aux nouvelles villes des terrains communaux, qui étaient destinés au pâturage.

Les bastides en plan orthogonal

Les bastides sont sur des plans géométriques. Elles peuvent être constituées :

  • de l’ayral : dans la bastide : les parcelles strictes et uniformes à bâtir
  • du cazal : des parcelles à jardiner sur le pourtour immédiat de la bastide
  • l’arpent : des terres à cultiver
  • les padouencs : des terres appartenant à la commune

Devoirs des seigneurs

Le principal devoir qui incombait aux seigneurs en compensation de leurs avantages sociaux était la protection militaire des populations relevant de leurs juridictions, ce qui lui semblait naturel car en ces temps là la vie de périls, d’aventures et de combats constituait leur éducation et leur culture.
En premier lieu, la ville est fortifiée. Cela n’a pas toujours suffit, comme en 1355, lorsque le Prince Noir mène une terrible chevauchée à travers l’Armagnac et le Toulousain et dévaste nos villes durant la guerre de 100 ans.
Avec en plus l’apparition de la poudre à canon, il faut réparer les fortifications et même les compléter, malgré la misère générale.

Un gardien désigné par le seigneur et les consuls, était chargé de lever et de baisser les ponts-levis, d’ouvrir et de fermer la porte. Les murailles n’étaient gardées qu’en temps de guerre.

Droits des seigneurs

Fours : les seigneurs fournissent le four du village, choisissaient les fourniers et les surveillaient et percevaient une redevance (droit de fournage) des habitants. Des fours pouvaient être autorisés dans des sites lointains contre une redevance annuelle.

Forge : une forge était fournie par le seigneur. Un forgeron était choisi et payé par le seigneur.

Moulin : Sur le sommet de la colline qui s’élevait auprès du village, ou sur les bords du cours d’eau qui arrosait ses environs, était bâti le moulin seigneurial. Les habitants étaient tenus, sous peine d’amende, d’aller porter leur blé à ce moulin ; et le droit de mouture était ordinairement fixé à la 16e partie de la farine.

Boucherie : la boucherie appartient à la commune et est surveillée par les consuls. Le seigneur a des droits sur les animaux tués pour la vente.

Tavernes : les tavernes appartenaient la plupart du temps à la ville.

La garde des troupeaux : le berger de petites communes est chargé par le seigneur de garder les troupeaux de la communauté tout entière dans les pâturages communaux. Le seigneur prenait une petite partie de la production de lait.

Péages : un péage est défini pour l’importation et l’exportation de marchandises.

Plaçage dans les marchés : les marchés sont fréquents à cette époque et sont le cœur des principaux échanges.

Rachat d’un immeubles. Le seigneur pouvait préempter l’achat.

Impôts fonciers : l’oblie, redevances et Censes sont dus pour une maison et pour un arpent de terre cultivée. A noter que l’habitant n’était pas tenu de réparer et rénover sa maison mais devait continuer à payer l’impôt si elle tombaient en ruine et n’était plus occupée. La porte pouvait être retirée en attendant le paiement de l’impôt.

Dimes : l’Eglise, pour se procurer des ressources, a parfois dû aliéner une partie de son domaine primitif et a confié la Dîmes (initialement pour subvenir aux frais du culte divin) aux seigneurs. C’était en théorie un dixième du produit des récoltes et sur les animaux.

Corvées : les vassaux devaient fournir annuellement un certain nombre de journées de travail au seigneur ou au profit du château et de la ville.

Chasse et pêche : le droit de pêche et de chasse est généralement accordé avec des conditions et des restrictions.

L’organisation judiciaire

Les tribunaux étaient composés du juge ou du bailli (représentant de l’autorité) du seigneur et de leur assesseur, des consuls de la ville et du greffier de la cour.
La charte décrit le code criminel avec les différents délits et les peines.

L’organisation municipale : élection des consuls

Le comte Alphonse de Poitiers désignait les consuls.
Aux magistrats municipaux revenaient de droit la réparation et l’entretien des rues, des routes, des ponts, des fontaines; à eux, la surveillance de la police urbaine et ses règlements. C’étaient eux qui devaient veiller à ce que les habitants ne déposassent pas sur la voie publique des ordures ou des matières nuisibles ou qu’ils ne construisissent pas des auvents ou des porches en avant de leur habitation sans autorisation. Ils avaient dans leurs attributions, outre la fixation des tarifs pour les différentes denrées, l’inspection des boutiques de boulangers et de bouchers; ils veillaient à la qualité, soit du pain, soit de la viande.
Ils devaient surtout surveiller les jours de foires et de marchés.

Ils levaient la taille municipale pour les dépenses d’intérêt commun.
Ils étaient chargés de définir et les limiter les propriétés.
Ils constituaient le tribunal, sous la présidence du juge seigneurial.
Ils devaient gérer le fermage des tavernes et des boucheries, propriétés de la commune.

Les consuls portaient le chaperon de rouge et de noir.

Les consuls de Toulouse (XIVè siècle)
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